Vous connaissez déjà vos ratios financiers. Votre expert-comptable vous les envoie chaque année, votre groupement les commente, votre LGO les sort en trois clics. Le problème n'est pas là.
Le problème, c'est la ligne d'à côté, celle qui dit « objectif : plus de 27 % de marge brute ». Cette moyenne nationale ne décrit aucune officine réelle, et elle se trompe surtout sur les plus fragiles. Voici, pour cinq indicateurs, le seuil de votre catégorie et l'action précise à déclencher quand il est franchi.
Ce qu'il faut retenir
- Comparez chaque ratio à la moyenne de votre tranche de CA et de votre zone d'implantation, jamais au seuil national.
- Deux rendez-vous couvrent l'essentiel : le solde bancaire chaque semaine, la marge brute chaque mois. Vingt minutes par mois.
- Le stock est le seul des cinq leviers qui rend de la trésorerie en quelques semaines.
1. Marge brute : votre premier signal, et le plus mal calibré
Deux officines affichent 27,5 % de marge brute. La première fait 900 000 € de chiffre d'affaires, la seconde 3 millions. Face au seuil national de 27 %, les deux sont « au-dessus ». Face à leur catégorie, la première a deux points de retard sur ses consœurs de même taille, la seconde est parfaitement dans la norme. Le seuil unique rassure exactement celle qui devrait s'inquiéter.

CGP, exercice 2024, panel de 1 853 officines. Le secteur a perdu 0,77 point depuis : retirez environ 0,8 point pour comparer à votre exercice 2025.
Les deux colonnes vont en sens inverse. La marge brute baisse quand le CA monte, l'EBE monte. Une grosse officine n'est pas plus rentable parce qu'elle vend mieux, mais parce qu'elle étale ses charges fixes sur plus de volume. D'où l'inversion du diagnostic sur les petites structures.
- Votre référence : la moyenne de votre tranche, pas les 27 % nationaux.
- Seuil d'alerte : − 1 point = vigilance, − 2 points = action. Un écart, pas un chiffre absolu : il reste valable même quand le secteur dérive.
- Rythme : mensuel. C'est le seul des cinq qui ne demande pas de comptabilité à jour.
L'action : une analyse ABC sur la marge, pas sur le chiffre d'affaires.
C'est le point où la plupart des analyses se perdent. Classez vos références par contribution à la marge en euros. Si vous les classez par chiffre d'affaires, vos médicaments remboursés remontent en tête : gros volumes, prix et marges que vous ne fixez pas. Vous obtenez une classe A entièrement composée de lignes sur lesquelles vous n'avez aucune main, et vous concluez qu'il n'y a rien à faire. C'était le classement qui était faux, pas le diagnostic.
Sur le bon critère, deux problèmes distincts apparaissent :
- Classe A : les 20 % de références qui font 80 % de votre marge. Le sujet est le prix d'achat : conditions grossiste, remises génériques, part des directs. Un point gagné ici passe intégralement dans l'EBE.
- Classe C : la longue traîne. Le sujet n'est pas la marge, c'est le référencement : ces lignes immobilisent du cash et du linéaire pour une contribution marginale. La question n'est pas « comment mieux les vendre », c'est « faut-il les garder ». Notre méthode pour assainir votre stock référence par référence détaille ce tri.
2. EBE : la performance réelle, hors choix de financement
EBE = marge brute − charges externes − charges de personnel − cotisations TNS − impôts et taxes. Les deux derniers postes sont souvent oubliés : sans eux, vous surestimez votre EBE d'environ 18 %.
- Votre référence : la colonne EBE du tableau ci-dessus. Lecture contre-intuitive : sous 1,5 M€ de CA, un EBE à 9 % est normal. Le « seuil d'alerte à 8 % » qu'on lit partout n'alerte donc jamais les petites officines, les plus exposées.
- Seuil d'alerte : moyenne de votre tranche − 1 point.
- Rythme : trimestriel. Mensuel n'est pas réaliste sans comptabilité à jour.
L'action : décomposer l'écart, pas l'EBE. Trois postes expliquent la totalité de votre écart à votre catégorie : marge brute, frais de personnel, charges externes. Calculez les trois en % du CA, repérez celui qui dévie, ne traitez que celui-là. Sans cette décomposition, « mon EBE est bas » ne débouche sur aucune décision.
3. Frais de personnel : ici, c'est l'implantation qui commande

CGP, exercice 2024.
Le centre commercial affiche la meilleure marge brute du panel et le pire EBE : 1,7 point de frais de personnel en plus qu'en rural (environ 45 000 € sur un CA de 2,6 M€) et un loyer 2,4 fois supérieur. Un ratio de personnel à 41 % de la marge brute est donc normal en centre commercial et signale quatre points de dérive en rural. Le seuil unique à 40 % ne fait pas la différence.
- Votre référence : la moyenne de votre zone. Au national, les frais de personnel absorbent 39,40 % de la marge brute.
- Seuil d'alerte : + 2 points par rapport à votre zone.
- Rythme : trimestriel.
L'action : la marge brute par ETP, avant tout arbitrage d'effectif. Le ratio ne dit pas si vous êtes trop nombreux, il dit si la marge produite par personne est suffisante. Recalez d'abord les plannings sur la fréquentation réelle : les heures creuses coûtent le même tarif horaire que les heures pleines. La question de l'effectif vient après, dans cet ordre : un planning se corrige, une embauche se défait mal.
4. Trésorerie : ce que vous immobilisez en achetant
La trésorerie nette moyenne du secteur est de 239 100 €. Ce chiffre ne vous sert à rien : il dépend surtout de l'ancienneté de votre installation et de votre encours PGE.
- Votre référence : vos charges fixes mensuelles. À calculer une seule fois.
- Seuil d'alerte : solde disponible sous deux semaines de charges fixes.
- Rythme : hebdomadaire. Deux minutes, un solde bancaire.
L'action : réduire ce que vous immobilisez, plutôt qu'attendre d'être payé plus vite. Une seule composante du BFR vous échappe vraiment : les délais de remboursement du tiers-payant, que vous subissez. Les deux autres se travaillent :
- La taille de vos commandes. Commander plus souvent en plus petites quantités fait mécaniquement baisser le stock immobilisé, à chiffre d'affaires constant. L'arbitrage est réel puisque vous perdez de la remise sur quantité, mais une remise se gagne une fois, alors que le cash immobilisé l'est en permanence. Sur ce que ces engagements de volume coûtent vraiment, notre analyse de l'ouverture de marché et de ses risques pour la trésorerie complète ce point.
- Vos canaux d'achat. Grossiste-répartiteur, direct laboratoire, centrale d'achat, groupement, Le Comptoir des Pharmacies : chacun a ses conditions, et le délai de règlement se négocie au même titre que la remise. Un fournisseur un peu moins compétitif sur le prix mais plus long sur le paiement peut sortir gagnant en trésorerie. Encore faut-il l'avoir demandé : beaucoup de négociations ne portent que sur la remise.
5. Jours de stock : ce que vous immobilisez déjà
- Votre référence : 42 jours d'achats en moyenne nationale, 35 jours pour les officines optimisées. Pas de benchmark segmenté publié sur cet indicateur.
- Seuil d'alerte : au-delà de 45 jours et surtout + 5 jours sur un trimestre. La dérive est plus parlante que le niveau absolu.
- Rythme : trimestriel.
L'action : sortir la liste des références sans aucune vente depuis six mois, une requête standard de votre LGO. Reste que la liste ne fait pas la vente. Votre LGO identifie les références qui dorment, mais l'arbitrage se joue ensuite ligne par ligne : retour possible ou non, décote acceptable, acheteur à trouver. C'est là que la plupart des audits de stock s'arrêtent : la liste est sortie, puis elle reste dans un tiroir. Pour les références sans repreneur direct, NoWaste Pharma, partenaire de valorisation des invendus, ouvre une seconde voie.
Notre abonnement Pharm'Aide Essentiel prend le relais à cet endroit précis : détection des produits à déstocker en priorité, mise en ligne facilitée sur la plateforme. Le gain n'est pas l'information, que votre LGO vous donne déjà, c'est le passage à l'action sans ressaisie.
C'est le seul des cinq indicateurs qui produit un résultat en semaines. Une amélioration de marge se construit sur deux ou trois exercices ; un stock immobilisé redevient du cash dès qu'il trouve un acheteur.
Combien de temps ça prend, vraiment

Le premier régime tient dans le temps annoncé et attrape les deux urgences réelles. Le second suppose une comptabilité trimestrielle : c'est un prérequis, pas un détail.
Reste que la vraie question n'est pas de savoir si vous suivez ces cinq indicateurs, c'est de savoir à quoi vous les comparez. Vos cinq seuils, ceux de votre tranche de CA et de votre zone, tiennent sur une page.
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Questions fréquentes
Quelle est la marge brute moyenne d'une pharmacie ?
Entre 27,9 % et 29,5 % selon la tranche de chiffre d'affaires (CGP, exercice 2024). Ce sont les plus petites officines qui dégagent la marge brute la plus élevée, 29,46 % sous 1 M€ de CA. Le repère utile n'est pas la moyenne nationale mais celle de votre tranche.
Quel est un bon EBE pour une officine ?
Entre 8,9 % et 10,6 % du CA selon la taille de l'officine. Sous 1,5 M€ de CA, un EBE à 9 % est normal : le seuil d'alerte pertinent est la moyenne de votre tranche moins un point, pas les 8 % cités partout.
Combien de jours de stock faut-il viser en pharmacie ?
La moyenne nationale est de 42 jours d'achats, les officines optimisées descendent à 35 jours. Au-delà de 45 jours, et surtout si vous prenez 5 jours sur un trimestre, la priorité est de déstocker les références sans vente depuis six mois.







